J’ai volontairement laissé la photo à la verticale pour que l’on observe bien sa forme et que l’on distingue bien la partie “golfe du Mexique” et le Mexique, qui sont les zones les plus denses et où l’on aperçoit le plus de détails.

Une forme reconnue un siècle après sa découverte

C’est William Herschel qui l’observe en premier, le 24 octobre 1786 depuis Slough, en Angleterre. Sa note dit : « une très grande nébulosité diffuse, plus brillante au centre, longue de 7 ou 8 minutes d’arc, large de 6, et se perdant très progressivement et imperceptiblement. » Il n’a vu que le cœur le plus dense : impossible à cette époque de deviner la forme qu’elle dessine, ni la taille réelle de l’ensemble. Il faudra attendre 1890 pour que l’astronome allemand Max Wolf reconnaisse le continent nord-américain sur ses photographies à longue pose, ce qui lui vaut son nom.

Carte du ciel autour de NGC 7000 Carte du ciel autour de NGC 7000
Carte du ciel autour de NGC 7000 (en rouge), dans la constellation du Cygne.

Une nébuleuse invisible à l’œil nu, mais immense

NGC 7000 se situe à environ 2 590 années-lumière de la Terre, et s’étend sur 90 années-lumière du sud au nord. Sa taille apparente est vraiment très grande, 120 x 100 minutes d’arc, c’est environ 10 fois la surface de la pleine Lune. Malgré cette taille impressionnante, elle reste invisible à l’œil nu : il faut une paire de jumelles pour n’y voir qu’une simple tache floue. C’est en astrophoto qu’elle dévoile toutes ses couleurs et sa forme si particulière.

Une étoile mystère, longtemps confondue avec Deneb

Pendant longtemps, on a cru que c’était Deneb, l’étoile la plus brillante du Cygne, qui illuminait la nébuleuse : c’est Edwin Hubble lui-même qui avait proposé cette hypothèse, en 1922. Sauf que Deneb, avec ses 8 500 K en surface, n’est pas assez chaude : il faut une étoile de plus de 30 000 K pour ioniser un tel volume de gaz. Il faudra attendre 2005 pour que les astronomes Fernando Comerón et Anna Pasquali identifient la véritable coupable, cachée juste devant la nébuleuse. Elle ne recevra son nom, l’étoile de Bajamar, que onze ans plus tard : en espagnol, « Bajamar » désignait autrefois les Bahamas, et l’étoile a hérité de ce nom à cause de sa position dans la nébuleuse, juste à l’est de la « péninsule de Floride » ! D’après l’étude de Comerón et Pasquali, ce serait également elle qui illumine sa voisine, la Nébuleuse du Pélican (IC 5070).

En réalité, les deux nébuleuses n’en forment qu’une seule : un immense nuage coupé en deux par une bande de poussière sombre, qui cache la jonction entre elles vue depuis la Terre.